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/ COMPOSITEUR /

Michel Tremblay

© John Londono

Daniel
Bélanger

Daniel Bélanger ne parle pas de liberté. Il la respire. On la sent dans les airs finement ciselés qui s'envolent de sa musique. On la ressent dans le souffle ample et puissant qui jaillit de sa poésie. Entré en coup de vent sur la scène musicale – et dans nos cœurs! –, il ne se lasse pas de déjouer l'habitude, de s'éloigner de ses propres références, pour mieux se réinventer ailleurs, différemment, autrement. De rencontres en projets, de chansons en collaborations, il redessine les paramètres de sa créativité, brouillant les pistes qui mèneraient à une seule façon de le voir. Homme unique, artiste pluriel, il se redéfinit constamment pour nous surprendre, nous émouvoir, nous faire sourire, laissant sur son passage une trace d'étoile, magma créateur bouillonnant de vie.

UNE EMPREINTE SINGULIÈRE Atypique, audacieux, innovateur, éclate, des termes qui lui collent à la peau, tout comme intense, sincère, simple, généreux. Chez Daniel Belanger, l'humain n'est jamais bien loin de l'artiste. C'est sans doute à cela que tient son immense succès. « J'ai eu la chance d'avoir une reconnaissance à la sortie de mon premier disque Les insomniaques s'amusent, ce qui m'a donne beaucoup de permissions. Comme un enfant qui se développe mieux quand il se sent aime, l'amour des gens m'a permis de me développer librement comme artiste, de découvrir ce qui cherchait à s'exprimer, autant sur le plan musical que dans l'écriture. Les albums qui ont suivi se sont enchaines en réponse les uns aux autres, soit dans la continuité – c'est le cas de Rêver mieux – ou encore en opposition – notamment pour L'Échec du matériel. Il n'y a évidemment aucune stratégie là-dedans! Je ne vois jamais très loin devant moi, ni pour très longtemps… »

CoCRÉER En élargissant toujours le champ des probabilités, Daniel Belanger laisse aux événements la chance d'arriver. Comme la rencontre, d'une exceptionnelle adéquation, avec le metteur en scène Rene Richard Cyr. « C'est une rencontre d'une rare qualité, une fusion d'idées artistiques : de dialogues en rebondissements, nous avons réussi à bâtir un langage scénique qui surpasse tout ce qu'un seul esprit créatif aurait pu inventer. Avec Belles-sœurs, j'ai l'impression d'avoir contribué à quelque chose de plus grand que moi, plus grand que chacun de nous. Un tout qui est plus que la somme de ses parties. » Pour le chant de Sainte Carmen de la main l'auteur-compositeur-interprète, plus habitue à créer dans la solitude, l'expérience fut vécue comme une libération. « J'ai gardé les acquis de la musique, tout en bénéficiant d'une communauté d'esprit : la quête de vérité au service d'une œuvre, l'engagement collectif, le soutien de toute une équipe. J'ai appris beaucoup de Rene Richard en le regardant travailler avec les comédiennes : son intelligence, son ouverture, son humour, sa souplesse tout en maintenant une grande précision, m'ont largement inspire dans mon rapport avec les musiciens. »

DE LIBÉRATION EN LIBÉRATION De chacune de ses aventures artistiques, Daniel Belanger en ressort neuf, après y avoir laissé sa peau, se retrouvant, comme après la mue, un nouvel homme vivant, un artiste renouvelé, prêt a tout recommencer. « J'ai plein de musiques en moi. Tout à coup, il y en a une qui émerge et je la nourris. Ma nouvelle passion se nomme… Rockabilly. Pour ce projet, j'ai approche des musiciens complètement imprègnes de ce style-là. Le plus beau, c'est que certains d'entre eux ne me connaissaient pas! Ils n'avaient aucune référence quant à la musique que fait Daniel Belanger… » « Quelle libération! », jubile celui qui aborde les nouveaux environnements avec gratitude. « Le plus grand intérêt pour moi, c'est de voir ce que je peux, a 50 ans, dire et faire de ces univers. Avec le temps, ma musique a pris de la densité. Les trois mêmes accords sont beaucoup plus charges, aujourd'hui, qu'à l'époque où j'ai commencé. De même, mon écriture a transgresse ses propres règles. J'ai délaisse la rime, la rythmique du texte et je raconte mes histoires en format plus concentre. C'est devenu plus personnel et, étrangement, plus universel. » Pas étonnant, puisque chacune de ses chansons, chacune de ses compositions, sont des fragments d'univers condenses qu'il présente au monde comme autant de parcelles d'humanité.

Par Anne-Marie Desbiens, tiré de l'Emporte-pièces 5 (TNM)